Arnaud - SleepingMoney

"J'ai trouvé mon marché rapidement grâce au nocode"

Arnaud - SleepingMoney

Quelques chiffres

⚡️ Création : avril 2019

🌎 Site : sleepingmoney.com 

😎 Equipe : 1 fondateur, 0 salarié

⚙️ Technologie nocode : Sharetribe, Typeform, Mailchimp, Airtable et Zapier.

Bonjour Arnaud, peux-tu nous présenter SleepingMoney ?

SleepingMoney est une marketplace d’achat-revente de cartes cadeaux non utilisées entre particuliers. Je joue le tiers de confiance entre les parties pour assurer la validité de la carte et le paiement des transactions.

L'interface de SleepingMoney
Comment est né SleepingMoney ?

J’ai été salarié pendant 20 ans. Certes l’entreprenariat me faisait rêver mais je ne me sentais pas encore capable de me lancer : j’avais un CDI, des enfants et un crédit donc c’était un peu compliqué de tout envoyer balader pour peut-être gagner 0.

Je travaillais à l’époque dans des agences marketing qui faisaient des programmes de fidélité pour les banques : quand tu payais tu cumulais des points que tu pouvais convertir en cadeaux chez des partenaires. Mais c’est avec l’arrivée de Smartbox que j’ai vraiment eu l’idée de SleepingMoney, notamment quand j’ai oublié de convertir une belle box de 250€ qui a été perdue définitivement. Ça m’a fait bizarre de me dire que Smartbox venait de gagner 250€ avec mon malheur.

Le business model de ces programmes, c’est que 90% des personnes n’utilisent jamais leurs points ! On te vend du rêve d’un côté, et de l’autre on prie pour que tu n’actives pas la solution… Je trouve ça sacrément malin, mais un peu fourbe.

Au fil des années j’effectue des recherches dessus et je tombe par hasard sur le rapport annuel de la FNAC de 2013 ou 2014. Depuis, ils ne communiquent plus dessus, mais à l’époque c’était marqué « les cartes cadeaux périmées ont rapporté 4 millions d’euros cette année ». Ça m’a vraiment choqué.

Les marques te font peur en marquant sur les coffrets « ne peut être cédée, vendue, ni échangée ». Ce sont effectivement leurs conditions générales, mais ce n’est pas la loi. Rien ne t’interdit de revendre la box ou la carte cadeaux. Déjà, elle n’est pas nominative à l’achat, et en plus tu l’achètes en général pour l’offrir à quelqu’un donc ça ne peut pas marcher !

Je trouve honteux que des business se fassent de l’argent sur la non-utilisation du produit et sur l’insatisfaction client. Pendant une intervention devant des étudiants, j’avais pris un billet de 50€ et j’avais mis une date d’expiration dessus, ils étaient scandalisés. Pourtant la carte cadeau suit pourtant le même raisonnement, et si tu ne l’utilises pas elle est perdue. 

Si tu reçois une carte Jardiland de 100€ alors que tu n’as pas de balcon, ni la main verte, tu préfères sûrement en tirer 85€ plutôt que de la laisser perdre. Et une personne sera ravie d’acheter des plantes en bénéficiant de 15€ de réduction.

Qu’est ce qui te pousse à quitter ta situation pour te lancer ?

A l’époque, mon quotidien de chef de projet digital était devenu ennuyeux : nous lancions plein de projets, mais tout prenait 6 à 9 mois à développer. C’était interminable.

En plus, notre agence web passait son temps à nous facturer une fortune pour ajouter des nouvelles fonctionnalités à nos divers projets. C’est vrai que quand tu es une banque ou un grand compte, tu n’as aucune prestation en dessous de 25K€ et j’avais l’impression que c’était de l’argent jeté par les fenêtres.

En juin 2018, la banque pour laquelle je travaillais nous a proposé un plan de départ volontaire. Je voulais me lancer depuis 10 ans, mais cet événement m’a vraiment poussé : sans lui, je n’aurai jamais démissionné.

Comment tu arrives au nocode ?

En 2015, le nocode n’existait pas. Je ne suis pas développeur et je ne voyais pas m’associer avec quelqu’un parce qu’à la base je n’étais même pas sûr de lancer.

Je pars donc à la recherche d’une solution de marketplace déjà existante. Je rencontre une agence qui propose une solution maison pour le faire, mais le ticket de départ commence à 30.000€. Ça fait beaucoup pour un side projet dont tu n’es pas certain de la pérennité…

Je teste ensuite Sharetribe qui permet de construire sa marketplace très rapidement sans avoir besoin de coder. Le système est simple à mettre en place, légèrement personnalisable mais assez rigide. Niveau prix, les 79$ mensuels représentent une somme non négligeable, mais il ne faut pas oublier que tu n’as rien à faire en plus et qu’il te suffit d’un ou deux jours pour lancer. 

C’est à mettre en perspective avec les 30k€ de développement et les mois de suivi de projet que j’aurai dépensé en code pour un résultat très similaire, voir moindre.

Comment se passe le lancement ?

Après mon départ volontaire d’avril 2018, j’avais prévu de lancer ma plateforme en 2 mois avec Sharetribe, mais elle ne sortira finalement qu’en avril 2019. J’ai pris du retard car je tenais à peaufiner l’aspect légal de mon offre et à bien créer les CGV et CGU.

Pour ne pas montrer une plateforme vide à mes premiers visiteurs, je la remplis de cartes cadeaux qu’il me suffirait d’acheter à la commande afin d’éviter le stock et la péremption. 

Fin avril je fais ma première vente et un premier marathon chez Décathlon pour aller acheter une carte ! C’est vrai qu’elle m’a coûté un peu cher, mais c’était grisant car ça validait le concept après plusieurs mois de construction sans croiser un client.

Tout s’enchaine ensuite : j’ai de plus en plus d’achats de mes cartes, puis les visiteurs déposent leurs cartes, puis les premières ventes entre visiteurs que tu ne connais pas arrivent. 

Au début, je suivais les transactions dans un Excel, mais j’ai vite été dépassé par le volume. En plus, Sharetribe n’est pas du tout optimisé pour suivre mon process de vente particulier. 

Bref, tu as envie de pleurer devant ton ordi tellement tu es submergé, et ce n’est que le début de ton aventure. Je suis parti à la recherche d’un outil pour me soulager et j’ai trouvé Airtable. Grâce à lui, j’ai pu me créer mon CRM sur-mesure pour piloter mon activité facilement. L’outil m’a vraiment sauvé la vie !

Comment acquiers-tu tes clients ?

Début septembre 2019, je contacte les journalistes d’Europe 1 et je passe 5 minutes à l’antenne pour expliquer le concept. Le trafic explose immédiatement, en plus des visiteurs qui arrivaient déjà via Google Ads et Facebook Ads.

J’ai aussi contacté Le Parisien avant Noël qui reste la plus grosse saison car les gens revendent les cartes qu’on leur a offert : j’ai eu droit à une présentation en pleine page le 26 décembre. Il y a quelques années tout aurait crashé, mais vu que ce sont des outils nocode en Saas, ça a tenu la charge.

L’effet boule de neige arrive immédiatement : RTL et d’autres radios m’appellent pour des interviews, ça me permet d’acquérir pas mal de nouveaux utilisateurs. J’ai également eu droit à un pic de connexion lors de mon passage TV au 19/45 de M6. 

Le problème, c’est que c’est un trafic flash qui ne reste pas. Je mise donc beaucoup sur chaque utilisateur que j’implique dans la construction de l’offre : je les appelle pour avoir leurs retours et j’améliore le produit avec eux.

Cette réactivité m’a permis d’adapter le pricing et de passer d’une commission de 20% sur le vendeur à une commission de 12% vendeur + 3% pour l’acheteur à qui je rends aussi un service. Mécaniquement les transactions rejetées à cause du montant des frais ont chuté et mon CA est remonté, alors que ce mauvais pricing aurait pu faire fuir les vendeurs et causer la chute du site.

Avec le nocode, j’ai aussi créé des outils annexes pour compléter mon offre : une landing page avec Strikingly, un simulateur de prix de revente avec YouCalc, ou encore un rappel automatique de date d’expiration de cartes cadeaux avec Typeform, Zapier et Mailchimp.

L’outil de rappel est très simple, mais il est totalement disruptif parce que d’habitude les grandes marques ne poussent pas leurs clients à utiliser la carte. J’ai donc communiqué dessus et mon message a été repris dans plusieurs articles de presse.

J’ai aussi noué des partenariats cohérent comme celui avec Les Radins m’ont rapporté une visibilité énorme et beaucoup d’inscrits, via des emails à leur base de contacts.

Enfin, j’avais vu qu’AirBNB s’était lancé en récupérant des annonces de location sur Craiglist afin de contacter les propriétaires et d’enrichir leur base. C’est ce que j’ai fait en allant voir les vendeurs de cartes cadeaux sur Le Bon Coin pour leur proposer de les mettre en vente sur ma plateforme. Le discours a fait mouche parce que les vendeurs étaient frustrés de leur expérience sur Le Bon Coin et des contacts peu qualitatifs qu’ils venaient d’avoir en postant leur annonce.

Comment vois-tu ton développement ?

Je ne vais pas passer le million d’utilisateurs avec mes outils actuels. Déjà, parce que Sharetribe n’est pas très souple en termes de personnalisation, y compris dans les emails automatisés envoyés aux clients. 

Ma prochaine étape c’est donc de passer à Bubble pour gagner en flexibilité et faire ce que je veux. Je me moque pas mal d’être propriétaire de mon code, je réfléchis juste en pensant à la facilité d’utilisation et à la praticité. Bubble m’évitera d’utiliser des outils surdimensionnés que tu payes une fortune et dont tu utilises 10% des capacités.

J’ai une devise : « Keep It Simple » qui me ramène toujours à la simplicité. Il faut arrêter de créer des sapins de Noël qui ne servent pas ton utilisateur : parfois un bon dessin est mieux qu’un long texte compliqué.

Dans un futur proche, je voudrai proposer l’achat de cartes cadeaux neuves afin d’augmenter mon catalogue.

Concernant ma taille, mon but n’est pas de lever des fonds mais de me développer organiquement, quitte à y passer plus de temps. Il y a beaucoup de créateurs qui gèrent un business rémunérateur en solo, même si on pense toujours qu’il n’y a que les grandes boîtes qui gagnent de l’argent.

Comment traites-tu les suggestions de tes utilisateurs ?

L’avis de mes clients est très important. Je suis cependant bloqué par mon outil, notamment Sharetribe que je ne peux pas faire évoluer avec les fonctionnalités que me réclament mes clients : c’est très frustrant. 

En attendant la V2, je remercie l’utilisateur et je note sa remarque pour la développer plus tard.

Il ne faut pas hésiter aussi à le dire quand tu ne vas pas mettre en place une fonctionnalité demandée. Tes utilisateurs peuvent mieux comprendre ta mission lorsque tu leur explique pourquoi tu ne souhaites pas développer quelque chose non compatible avec ta vision.

SleepingMoney est un site de niche, mais c’est important pour moi de rester concentré et de communiquer sur une proposition de valeur simple.

Une de tes réussites en nocode ?

Lorsque Wonderbox a débarqué sur le marché, un groupe Facebook « Wonderbox m’a entubé » s’était créé et réunissait 400 personnes furieuses de voir leur box expirer et leur argent perdu. Le DG de Wonderbox avait dû intervenir dans le groupe pour trouver une solution pour les mécontents. Il s’excuse et annonce qu’ils développent un système en interne pour envoyer des messages automatiques pour prévenir de l’expiration de la box. On n’a jamais eu de nouvelles, bien sûr.

J’ai été étonné de développer ce système en 2 jours grâce aux outils nocode. Quand on veut, on peut ! J’en ai profité pour partager ce simple outil et bien communiquer dessus.

C’est difficile de lancer sa boîte ?

Quand tu te lances, tu te demandes toujours si tu es légitime pour traiter ce problème. Bien sûr que tu as des connaissances supérieures dans ce domaine, mais tu n’es pas le plus grand expert sur le sujet. 

Tu vas apprendre au fur et à mesure en prenant des gamelles sur le terrain, parce que tes clients te forcent à bouger et à te remettre en question.

J’ai aussi remarqué qu’entreprendre seul n’est pas toujours bien vu. Dans l’image populaire, le solopreneur n’est pas une entreprise, c’est juste un indépendant et certains vont douter de toi. 

Il ne faut pas oublier non plus qu’en étant seul, tu vas plus vite au démarrage mais qu’en cas de coup dur, tu n’as personne pour te remonter le moral. Je pense notamment aux quelques cas de fraude que j’ai rencontré au démarrage. Ça m’a coûté de l’argent, mais ça a accéléré mon apprentissage. Finalement, tu finances ta montée en compétence avec des cas pratiques très formateurs ! 

Ce qui est difficile c’est de prendre du recul et de comprendre que tout ce qui va t’arriver n’est pas si grave. Tu vas aussi découvrir que l’humain est plein de ressources pour tenter de te frauder, mais ça fait partie du jeu : il faut juste être plus malin.

Quels conseils donnerais-tu à quelqu’un qui se lance ?

Lance-toi rapidement ! On a tous entendu que « si tu es fier de ton produit, c’est que tu l’as lancé trop tard » : c’est vrai en partie. Aujourd’hui les clients sont éduqués à l’UX et l’UI car les bons sites sont omniprésents sur la toile. Je préfère donc le concept Minimum Lovable Product : si ton site est rebutant au premier abord, tu vas créer du doute chez tes clients. 

J’ai peut-être mis du temps à me lancer, mais grâce au souci du détail, les clients pensaient qu’on était 25 dans la boîte ce qui a renforcé ma crédibilité. Il faut trouver le juste milieu.

J’aime bien aussi la phrase « Fake it until you make it ». Plutôt que développer des fonctionnalités parce que tu es persuadé que le client va en avoir besoin, commence par faire les choses manuellement et adaptes tes process. Quand tout se stabilisera, tu pourras le développer en dur et intégrer dedans des choses auxquelles tu n’aurais jamais pensé. C’est la différence entre réfléchir à un problème et le vivre. Attention aussi à ne pas « fake it » trop longtemps, tu pourrais te fatiguer et ne pas réussir à transformer en projet véritable.

Veille aussi à ne pas tomber trop amoureux de ton produit ! Tu risquerais de passer ton temps à développer de nouvelles fonctionnalités plutôt que de trouver des clients. Or si tu n’as pas de client, ton site ne sert à rien : vas faire des ventes en priorité. 

Tu ne dois délaisser ton produit pour autant, au contraire : ton site doit servir et satisfaire tes clients. Il m’est arrivé plusieurs fois de recevoir des témoignages de clients qui s’étaient inscrits parce qu’ils avaient été rassurés de mon sérieux après avoir épluché mes CGV !

Parfois, ça ne sert à rien de réinventer la roue. Le concept de SleepingMoney n’est pas nouveau, je me suis inspiré de Vestiaire Collective qui fait la même chose pour les produits de luxe comme les sacs à main. 

Réfléchis bien avant de créer ton projet sur Bubble. C’est tentant de se lancer directement, mais tu dois penser à la théorie de l’application avant de la développer. Pense en particulier au schéma de ta base de données qui sera la colonne vertébrale de ta plateforme, ça t’évitera des nuits blanches lorsque tu feras évoluer ton projet.

Enfin, le business plan à 5 ans n’est pas toujours obligatoire, mais tu dois te poser 2/3 questions avant de te lancer. Je te conseille plutôt de faire un business model qui t’aidera à voir d’où vient l’argent et où il va.

Bon courage !