Grégoire - Cowop

"La facilité d’utilisation de ces outils nocode me permet une prise en main rapide pour construire mon projet."

Grégoire - Cowop

Quelques chiffres

⚡️ Création : septembre 2019

🌎 Site : cowop.co 

😎 Equipe : 2 cofondateurs, 0 salarié

⚙️ Outils nocode : Bubble, Zapier, Integromat, Webflow 

Salut Grégoire, peux-tu te présenter ?

Grégoire Bois, 33 ans, j’ai lancé Cowop en septembre 2019 après quelques mois de réflexion.

Pour résumer, Cowop, c’est une communauté de freelances et d’entrepreneurs qui se retrouvent pour s’entraider et faire avancer leurs projets.

Cela fait quelques années que je suis freelance et la dernière mission à cette époque - à La Défense - s’est mal terminée. On m’a reproché de ne pas être assez « corporate » et que dans les grosses structures comme celle-ci, il fallait être plus politique pour se faire une place.

Je pense que c’est la pire chose que l’on puisse te dire en tant que freelance ! “Corporate”, c’est justement ce que je veux éviter en étant indépendant, car la seule chose qui m’importe c’est de vivre de ma passion et d’en faire profiter mes clients.

L'interface de Cowop
Quelle est ta formation ?

Je n’ai jamais réussi à faire la même chose plusieurs années de suite ! Après le BAC j’ai fait une licence en Hôtellerie-Restauration de luxe mais je me suis vite rendu compte que j’allais me retrouver coincer dans cette voie : j’ai donc enchainé par un master en école de commerce.

Personnellement, j’ai toujours aimé réaliser des projets. A 13 ans, j’ai créé mes premiers sites web grâce aux versions d’essai de Dreamweaver (un éditeur de site internet WYSIWYG, l’ancêtre du mouvement nocode) qu’on trouvait sur les CD de connexion AOL. C’était le début d’internet, et j’adorai déjà le concept de réaliser un site dans sa chambre tout seul et de pouvoir le montrer facilement au monde entier.

A 19 ans, j’ai monté une boîte de livraison d’apéritifs à domicile. Nous n’avons pas tenu longtemps à cause de la fatigue et parce qu’en tant qu’étudiants nous étions aussi souvent en soirée… Ensuite, je me suis envolé 4 ans à Montréal pour rejoindre les équipes d’Ubisoft mais j’avais toujours en tête un projet d’entreprenariat.

Je finis par rentrer en France et je me rends compte que la culture digitale n’est pas aussi développée ici qu’au Canada. Je propose donc mes services pour aider les entreprises à passer à la vitesse supérieure sur ces thématiques.

Il y a des gens qui craignent l’entreprenariat. Pour moi, c’est plutôt quelque chose qui me galvanise. Même chez Ubisoft où j’ai mené des projets d’intraprenariat, on restait dans une grosse entreprise pleine de process : tu ne peux donc pas expérimenter pleinement cette voie.

Pourquoi le nocode ?

Avec les éditeurs WYSIWYG (mot traduit par « ce que vous voyez à l’écran est ce que vous obtenez ») Dreamweaver et Frontpage, j’avais déjà mis un pied dans ce qu’on appelle aujourd’hui « nocode ».

La facilité d’utilisation de ces outils nocode me permet une prise en main rapide pour construire mon projet, alors qu’avec le code les langages de programmation changent sans arrêt et tu dois en changer continuellement pour rester à niveau.

Quand je lance Cowop en 2019, on parlait déjà de Webflow pour construire son site donc je le choisis pour bâtir ma plateforme. L’outil est cependant assez limité pour implémenter des fonctionnalités poussées. Pour faire ce que je veux, je dois rajouter des automatisations externes avec Integromat et Zapier : tout ça devient vite cher, bien que je n’ai pas encore beaucoup de passage.

Je me renseigne donc sur des outils plus poussés et je découvre Bubble. Gros choc, parce que contrairement à Webflow construit par des designers pour des designers, dans Bubble tu arrives sur une page blanche, présentée dans une interface pas très jolie.

Moi qui aime les beaux graphismes, j’étais un peu perdu. Je crois que j’ai mis 3 mois pour me lancer dessus…

Comment se passe ton lancement ?

Je veux lancer le plus vite possible Cowop pour voir si ça fonctionne, plutôt que d’élaborer une stratégie pendant des années.

Quand j’étais freelance, je fréquentais beaucoup d’espaces de coworking et pourtant je n’étais pas satisfait de leur ambiance. Bizarrement, ces lieux qui attirent une majorité d’indépendants ne leur permettaient pas de se rencontrer. Petit à petit, c’est devenu assez clair qu’il fallait un endroit assez privatisé pour se sentir à l’aise et qu’on ne soit pas trop nombreux, pour favoriser les interactions et créer une communauté.

Plutôt que de choisir un business traditionnel de café coworking qui n’est pas tenable financièrement sur le long terme, je transpose le concept au domicile des freelances. Si je réussis à trouver des appartements prêts à accueillir 6/7 personnes, on pourra y lancer des sessions de coworking !

Pour tester ma proposition de valeur, je choisis donc un appartement magnifique sur OfficeRiders, une plateforme avec laquelle des particuliers proposent de louer leur domicile aux entreprises à la journée.

Je partage ensuite ma session de coworking Cowop sur LinkedIn et je récolte mes 7 premiers inscrits dans la foulée. Ce sont des personnes que je ne connais pas personnellement, mais qui sont dans mon réseau ce qui valide un premier intérêt au-delà de mes proches.

Pour cette première version, je n’intègre pas de moyens de paiement : la transaction se fera en direct le jour même. Le souci, c’est que si les inscrits ne se présentent pas au dernier moment je perds de l’argent, car de mon côté j’ai déjà réservé et payé l’appartement pour la session !

Heureusement, tout le monde est présent et nous réorganisons d’autres sessions par la suite.

Puis le COVID passe par là et gèle toutes nos sessions en présentiel. Une vraie catastrophe.

Comment apprends-tu Bubble ?

La courbe d’apprentissage te permet de réaliser des projets sympas dès le début et au fur et à mesure tu vas te rendre compte de l’étendue des fonctionnalités à ta disposition et tu testes des choses. Il y a d’ailleurs un vrai risque de s’y perdre…

Ça m’est arrivé pendant le confinement, au moment où j’ai décidé de passer la plateforme de Webflow à Bubble. Le confinement s’est éternisé et j’ai commencé à créer plein de fonctionnalités : ça devenait n’importe quoi !

Quand la vie normale a repris, j’ai réalisé que j’étais allé trop loin. Même en étant Product Manager, on peut tomber dans le piège du développement illimité de fonctionnalités qui n’apportent rien à l’utilisateur. Le problème survient quand tu fais tes itérations sans eux. En temps normal, tu crées les features qui apportent le plus de valeur à tes utilisateurs et tu itères avec leurs retours.

Comment as-tu créé ta communauté ?

Tout s’est fait naturellement, dès la première session : tout le monde a voulu revenir ! Ils en ont parlé autour d’eux et ça a fait grossir le mouvement organiquement.

J’étais tout le temps avec eux pendant les sessions, ce qui est l’idéal pour récupérer le maximum de feedbacks et faire des améliorations. Pendant le confinement, tout s’est arrêté et j’ai navigué à l’aveugle sur le produit.

Je me suis rendu compte que la vraie valeur du produit c’était plus la communauté que la plateforme en soi que j’avais imaginée comme le AirBNB du coworking. Je suis donc revenu à l’idée initiale de réunir des indépendants chez eux pour s’entraider.

Comment accueilles-tu les feedbacks qui te sont faits ?

Quand tu lances ta boîte, tu vas avoir rapidement beaucoup de retours positifs et négatifs qu’il va falloir classer. Tu as tes amis, ta famille, des gens qui font un retour sans être dans ta cible et d’autres qui sont dans ta cible mais qui ne sont pas tes early-adopters.

Ce qui est important c’est d’avoir une vision à long-terme mais il faut aussi se concentrer sur les early-adopters qui vont utiliser ton produit car il leur apporte de la valeur malgré ses bugs et ses limitations initiales.

Je ne priorise pas les retours des adopteurs tardifs qui ne jugent pas le produit immédiat, mais d’après le potentiel qu’il aura et qui est donc décorrélé de sa valeur actuelle.

C’est un vrai piège de créer des features pour des gens qui ne sont pas tes early-adopters : ils ne seront jamais contents de ton offre. Tu risques même de perdre tes early-adopters qui adoraient pourtant la proposition de valeur initiale. 

Comment trouves-tu tes early-adopters ?

J’adore créer des mini-MVP pour les repérer et les faire rentrer petit à petit. Si tu essayes de créer un produit pour des gens qui ne l’aimeront pas, tu perds ton temps.

Ensuite, tu dois comprendre quelle est la valeur intrinsèque que tu leur apportes.

Les freelances ont un mode de vie un peu particulier. En rentrant dans une session Cowop avec des personnes comme moi, j’ai l’impression que je peux être moi-même et parler de mes problématiques sans masque.

En dressant leur portrait, je me suis rendu compte qu’ils n’étaient pas que freelances. Il fallait aussi qu’ils veuillent passer du temps à socialiser, quitte à perdre de la productivité par rapport à une journée classique en coworking. 

Tu dis que ta communauté est une vraie famille. Comment vas-tu l’agrandir ?

C’est notre test de la rentrée. Comment lancer Cowop dans une autre ville, avec d’autres gens ? Est-ce que la communauté dépend de moi, où saura-t-elle se récréer autour des valeurs que nous prônons ? 

Comment vas-tu t’entourer pour exécuter ces challenges ?

Je me suis déjà associé l’an dernier et ça n’a pas été concluant car ce n’était pas le bon profil pour le projet.

J’ai lu pas mal d’articles sur la construction de la première équipe où l’on te dit de t’entourer de personnes qui ont les compétences que tu n’as pas. Pourtant, j’ai fait tout le contraire avec Sylvain qui a un profil très proche du mien, mais on a continué pour 3 raisons : 

  • Je suis assez fan des boites co-fondées par des pros du design (Webflow, AirBNB par ex) car ils réfléchissent dès le départ à la valeur qu’ils souhaitent apporter à l’utilisateur final.
  • Notre concept doit encore être cadré, j’ai besoin qu’on comprenne mieux les aspiration des utilisateurs pour faire grandir le projet ; Un profil UX sert exactement ce but.
  • Depuis le début du projet je fais beaucoup de Product Management, de développement et de design et donc si je veux faire grandir la boîte je dois me dissocier de ces fonctions pour passer plus de temps à gérer des questions plus admin : financement, vision, etc. C’est donc important que je m’entoure d’un profil de confiance qui pourra me remplacer sur les fonctions plus techniques.

Je suis autodidacte et je peux/veux tout faire, mais ce n’est plus possible dans une phase de croissance où je dois partager l’exécution pour ne pas me tuer à la tâche. C’est un vrai challenge.

Des conseils que tu aurais aimé avoir au début ?

Il faut sortir de sa zone de confort : on se donne vite des excuses pour ne pas faire les tâches importantes qui nous coûtent mais qui seraient bénéfiques pour le projet. Pour moi, c’est la communication qui est difficile.

Pour travailler sur tes vulnérabilités, tu peux imaginer que tu as dû fermer ta boîte et que tu recenses tout ce qui a contribué à cet échec. C’est très formateur pour t’aider à dérisquer au maximum, le plus vite possible.

Il faut aussi trouver ton Product Market Fit, le fameux moment où au moins 40% de tes early-adopters seraient très tristes de te voir arrêter ton projet.

Quand ton Product Market Fit est trouvé, il faut prouver que le projet peut passer à l’échelle, que tu peux grandir vite. Pour moi, il faut que je prouve que les communautés peuvent se créer et vivre au-delà de la communauté initiale et c’est difficile à prédire car ça dépendra de chaque nouveau membre.

Le souci en tant que maker, c’est qu’on a une idée en tête et qu’on ne veut pas forcément la confronter aux potentiels utilisateurs. Si vous voulez allez plus vite, rencontrez votre communauté et construisez votre produit avec elle et pour elle, dès le départ.

Quand tu t’associes avec quelqu’un, c’est mieux si tu apprécies aussi passer du temps avec lui en dehors du boulot. Les journées seront longues sinon.

Enfin, je recommande toujours le livre Value Proposition Design qui permet de bien définir son offre avant de lancer quoique ce soit.


Bon lancement !