Sara - My Moojo

"Le nocode m'a permis de valider mon concept auprès d'un grand groupe"

Sara - My Moojo

Quelques chiffres

⚡️ Création : mars 2020

🌎 Site : mymoojo.com  

😎 Equipe : 1 fondateur, 0 salarié

⚙️ Technologie nocode : Bubble  

Bonjour Sara, peux-tu nous présenter My Moojo ?

My Moojo est né l'an dernier en plein 1er confinement. À la base, je voulais créer une plateforme pour permettre la construction collaborative d’une formation.


Je m’étais rendue compte qu'il y avait des carences pendant la conception d’une formation, puisque toutes les parties prenantes n'étaient pas forcément associées dès le départ.

J’ai étudié l’histoire de l’art, de l’anthropologie et de l’archéologie. Je voulais travailler dans la valorisation des patrimoines touristiques grâce à des dispositifs innovants, donc j’ai créé un blog, j’ai donné des conférences dans des musées et des incubateurs sur ces sujets en 2013. J’ai travaillé aussi dans une startup de gamification quelques années, puis je me suis spécialisée dans la vidéo interactive qui est une autre modalité d’apprentissage. J’ai été recrutée par le leader de la vidéo interactive, puis j’ai décidé de me lancer.

Pour créer ton projet, tu es partie de ton idée ou tu as répondu à un besoin ?

La construction de la première plateforme répondait à mon intuition. Avec la V1, l’idée était de mettre l’apprenant au cœur du dispositif en le faisant voter pour des propositions de formations proposées par les RH.

En le faisant, je me suis rendu compte que pour que ça marche, il fallait que les parties prenantes soient déjà alignées en amont pour présenter un projet cohérent ensuite à l’apprenant.

A ce moment, on est entré en contact avec un grand groupe français qui cherchait une solution pour collecter des ressources pédagogiques nécessaires à la création de leurs formations internes. Le projet initial a donc évolué pour matcher à leur besoin et nous avons pivoté pour créer cette plateforme de collecte des savoirs internes.

Pourquoi le nocode à ce moment-là ?

C’est plus simple : je ne suis pas développeuse, je n’avais pas un budget illimité et surtout je n’avais pas les compétences pour gérer un projet technique malgré 8 années passées en startup tech. 

J’ai eu la chance de rencontrer Grégoire dans le début de ma réflexion. Il montait son projet en nocode avec Bubble et quand il me l’a présenté, j’ai trouvé ça bien fait : on pouvait avoir des interactions avec d’autres utilisateurs, gérer des fonctionnalités complexes, tout en soignant le design pour que la plateforme soit crédible… J’ai compris que je tenais ma solution !

Après avoir parlé à Grégoire, je me suis dit que je pouvais aussi lancer mon projet avec Bubble toute seule. 

Je me suis formé à l’outil grâce à un formateur expert, mais ce n’était pas si simple. J’ai plutôt un cerveau créatif que rationnel et même si c’est « nocode », je ne suis pas convaincue que Bubble soit accessible à tous parce qu’il demande une certaine logique que tout le monde n’a pas… J’ai pu voir mes limites et me rendre compte que ce n’était pas mon activité préférée.

En parallèle, le Studio de création de formation tournait bien et j’ai eu des gros dossiers clients à gérer, donc c’est devenu compliqué. C’est difficile de tout maîtriser et je me demande qui peut aujourd’hui tout réaliser de A à Z : marketing, plateforme, commercial, stratégie, opérationnel… Si la plateforme avait été prête en amont, j’aurai pu me consacrer à 100% à la partie commerciale, mais nocoder et commercialiser simultanément était un vrai challenge.

Comment se déroule le lancement ?

Entre le début du projet et le lancement de la V1, il se passe 1 mois et demi : c’est extrêmement rapide. Auparavant, j’avais proposé le MVP sur Google Site à mes prospects : c’était vraiment moche, mais je voulais présenter l’idée à tout prix et avoir du feedback dessus !

Pour la V1, nous établissons avec mon formateur un cahier des charges du projet. Cela nous donne un bel aperçu de la vision d’ensemble plutôt que de nous lancer directement dans l’outil à tête baissée. 

Nous créons ensuite les maquettes simplifiées avec Powerpoint pour voir comment articuler les différentes features sur chaque page, ce qui m’aide à mieux « voir » l’application. C’est une vraie difficulté lorsque tu as une vision de réussir à lui donner une existence concrète et de créer l’outil correspondant.

Une fois ma formation Bubble finie, j’ai donc une première version de l’application que je présente à mes prospects : elle va rassurer nos prospects sur notre capacité à réaliser un outil numérique efficace et nous permet de décrocher la réalisation de notre V2 autour du besoin concret de l’un d’entre eux.

Comment choisis-tu les features de ta V1 ?

Une fois le cahier des charges rédigé, on décale pas mal de fonctionnalités vers la V2 pour se concentrer sur le strict nécessaire en v1. 

On simplifie notamment tous les dashboards et les pages intermédiaires qui sont nécessaires dans un projet final mais qui ne le sont pas dans une V1 « beta ». Idem pour les fonctionnalités comme les scenario mails : on choisit de le faire à la main au tout début pour tester leur pertinence avant d’automatiser quoique ce soit. C’est le meilleur moyen pour savoir ce que tu veux faire ou ne pas faire ensuite, sans perdre du temps à l’implémenter direct dans l’outil.

En construisant le projet, on s’est aussi rendu compte qu’il fallait rajouter certaines features qui avaient du sens : le vote négatif par exemple, des commentaires plus détaillés…

Que se passe-t-il une fois ta V1 terminée ?

On finit les derniers tests et je vais revoir les prospects précédemment contactés. L’idée plait, mais la proposition de valeur intervient beaucoup trop en aval du besoin de nos prospects. On creuse le sujet avec un des grands groupes intéressés et nous signons une Preuve de Concept avec eux pour développer la V2 direct. Finalement, la V1 n’aura jamais été utilisée, mais nous pensons que ce développement est tout à fait aligné avec notre vision et qu’il pourra bénéficier à nos autres prospects.

Autant pour la V1, j’avais aimé réaliser le projet en nocode mais pour cette V2 je n’avais pas la motivation de continuer à le faire moi-même. Je fais donc appel à mon expert Bubble pour réaliser la V2 qui n’a rien à voir avec la V1 : le projet n’est plus articulé autour du vote des apprenants mais autour de la collecte de ressources. Toute l’architecture est donc à changer, on repart à zéro, mais en embarquant le client cette fois-ci dans la co-construction d’une offre sur-mesure. 

Comment se déroule la construction du produit avec ton client ?

Tout est plus rapide, plus clair. La brique demandée complète notre vision globale, ce qui nous permet de faire grandir notre propre produit.

Cependant, même si le client adore le produit et nous déclare qu’aucun outil n’avait jamais encore aussi bien répondu à ses besoins, il ne s’en sert pas ! 

Ça peut paraitre tardif, mais on s’est rendu compte qu’un outil sans énergie humaine pour accompagner son déploiement, ça ne sert à rien.

C’est un peu l’illusion du nocode : tu peux monter ton application rapidement, mais le succès d’un projet global ne repose pas que sur le produit. C’est d’autant plus douloureux quand on t’apprend que tu es en compétition avec un leader du marché, et qu’on te préfère au géant qui embauche une cinquantaine de salariés pour créer son produit…

My Moojo n’a pas réussi à améliorer la maturité digitale du client, malgré nos efforts de simplification à l’extrême, ce qui est pour nous un échec. 

Mener le projet au succès aurait nécessité beaucoup d’accompagnement en amont, or nous n’avions pas forcément pris en compte cette donnée dans l’équation. Maintenant, je pense que la collaboration ne peut se faire que par l'humain, un accompagnement, avec une belle énergie.

Un outil est un moyen pour une fin, donc la plateforme ne pouvait pas être le cœur du projet. 

Il aura quand même fallu une année de cheminement intense pour en prendre conscience.

Que devient l’outil ?

Si l’utilité de l’outil était discutable en externe, on a vite compris son intérêt en interne : il allait nous aider dans la construction des formations clients. On bascule donc tous nos projets dessus pour les présenter, récolter les ressources et faciliter le suivi des dossiers. 

On a des supers retours, une vraie réussite ! Grâce à la plateforme, on divise les temps de validation par 2, on implique davantage les parties prenantes dans la construction des formations… La structure d’un outil c’est bien, mais son contenu est tout aussi important : si tu mets du contenu pourri dans ta plateforme ça ne marchera pas, idem si tu ne l’alimentes pas, ou si les ressources de présentation ne donnent pas envie.

Comment évolue ton offre ?

Le persona Grand Groupe qui nous a permis de développer l’offre n’est finalement pas représentatif, en tout cas pas pour l’offre plateforme : il faut aussi l’accompagner sur le long-terme dans son changement de mentalité. C’est à ajouter aux coûts de mise en place, ainsi qu’à la stratégie d’acquisition.

Quand j’ai lancé My Moojo, c’était la crise COVID. Je n’avais aucune visibilité, aucun repère sur les chiffres idéaux à atteindre en l’absence de données sur ce marché (que ce soit en France ou à l’étranger), aucune idée sur la façon de monétiser one shot ou en abonnement vu que je ne savais pas vraiment ce que j’allais proposer. Je voulais avant tout expérimenter une proposition de valeur, sans me mettre de barrières. Je voulais aussi que la plateforme s’autofinance, ce qui a été le cas grâce à la Preuve de Concept menée avec le groupe qui nous a financé nos développements de la V2. 

J’ai aussi fait le choix de lancer My Moojo sans business model ! Pour la première année, je m’étais fixé 3 objectifs : développer la plateforme en nocode, faire 50k€ de CA et recruter 2 utilisateurs. Les 3 objectifs ont été remplis rapidement, et bien au-delà de ce que je m’étais fixée.

Cette année mouvementée m’aura appris beaucoup de choses. J’ai rencontré des personnes formidables qui ont cru en My Moojo, m’ont aidée et conseillée. Il a fallu faire de nombreuses corrections en cours de route. 

Je me suis surtout rendu compte que ce qui me faisait vibrer, c’était d’accompagner les porteurs de projets qui ont du sens, ceux qui veulent bouger les lignes. On parle beaucoup d’outils, de technologies, du « comment ? » dans la formation, mais pas beaucoup du « pourquoi ? », et c’est justement ce que je souhaite travailler maintenant.

J’ai donc aplani l’offre autour de 2 services :

  • le Studio, notre équipe de création qui fonctionne bien et permet d’inventer des nouveaux formats, tout en garantissant des revenus
  • la plateforme collaborative, qui aide à présenter les projets du studio et des porteurs de projets de plus petite taille, des « learningpreneurs » en les accompagnant aussi dans la création de leur offre

En 2022, nous lançons aussi le bootcamp learning : pendant 5 jours, les « learningpreneurs » apprendront à créer leur projet de formation et à le lancer sur leur marché. Pour soutenir ce programme, nous recrutons pour la rentrée un coach Digital Learning pour accompagner les porteurs de projet et quelqu’un pour nous aider dans la stratégie de contenu pour embarquer la communauté autour de notre vision.

Dans cet environnement sans cesse changeant, comment accueilles-tu les feedbacks et les critiques ?

Il faut avoir du feedback, notamment de la part des clients car ce sont eux qui sont en contact avec votre produit. Tu prends des baffes parfois, mais il faut être réceptif à ce qu’ils disent. Cependant, il faut aussi garder la vision long terme de son produit ou service.

Là où j’ai perdu un peu de temps, c’est que j’ai trop voulu prendre l’avis de tout le monde. Chacun me donnait son idée et comme je voulais faire plaisir à tout le monde, j’ai pris en compte toutes les remarques. Avec du recul j’aurai dû faire le tri et m’écouter davantage. 

Tout le monde peut être de bon conseil, mais chacun ayant sa personnalité, je me rends compte qu’il n’y a pas de chemin universel tout tracé : on doit faire son expérience personnelle.

Comment gardes-tu la foi dans ton projet ?

Le doute fait partie de la vie d’un entrepreneur et il faut savoir l’écouter. Cependant, c’est aussi important de se faire confiance. 

Je note aussi ce que j’aime faire, et ne pas faire, et ce que je suis capable de faire. Si quelque chose est trop douloureux, je n’hésite plus à l’externaliser.

Je ne cherche plus à être focus sur la rentabilité à tout prix : en travaillant pour répondre à mon « pourquoi ? » j’atteins de meilleurs résultats qu’en étant obsédée par les chiffres et mes clients s’en rendent compte.

Tu penses t’associer ?

J’ai déjà fait l’erreur de m’associer avec quelqu’un. Tout le monde pense que s’associer c’est bien, et c’est vrai qu’il faut une équipe, des gens en qui on a confiance. 

Mais s’associer est complexe, surtout au début quand c’est ton idée : c’est difficile d’embarquer quelqu’un qui partage la même vision que toi.

Est-ce que c’est nécessaire au démarrage ? Je n’ai pas la réponse. 

Par contre, rester solo ne t’empêche pas d’avoir une équipe de confiance autour de toi, que ce soit tes amis ou tes prestataires. C’est important d’être accompagné : ce n’est pas parce que tu n’as pas d’associé que tu dois être seul.

Entreprendre au féminin ?

Je n'ai pas vu de frein pour le moment ou alors je ne m'en rends pas compte. Y-a-t'il des freins inconscients et intangibles ? C’est possible et je pense qu'il faudra créer de nouveaux outils et modèles pour en prendre conscience.

Si tu devais te donner un conseil à toi qui commence ?

N’achète pas de templates Bubble quand tu démarres ton apprentissage. J’ai été séduite par les graphismes et la promesse d’aller plus vite, mais une fois que tu commences à éditer tu ne comprends plus rien et tu commences à paniquer en te disant que l’outil est peut-être trop difficile pour toi… ça m’a presque dégoûté. 

Évite de commencer ton apprentissage Bubble avec ton projet, sans quoi tu vas le créer avec toutes tes erreurs de débutant. Prend un projet fictif et entraine toi dessus.

Le COVID a compliqué les choses, mais j’aurai aimé faire plus d’ateliers de co-construction de ma plateforme en présentiel avec mes clients. On n’a pas les mêmes interactions à distance, surtout quand les emplois du temps et la façon de travailler de chacun ont été bouleversés.

Tu vas gagner des clients, tu vas en perdre, ça fait partie de la vie d’un entrepreneur.

Suis ton intuition, sois bien entouré.

Il y a des choses que tu ne pourras pas faire : délègues-les.

Quand tu es dans le creux de la vague, rappelles-toi qu’il y a toujours une remontée ensuite

Accorde-toi un droit à l’erreur. Fauter te met une grosse baffe, mais si tu te corriges, ton erreur te fais grandir. C’est vrai que les félicitations font plaisir, mais elles caressent souvent ton ego et ne t’aident pas vraiment à progresser…

Ces conseils ont l’air bateau, mais c’est vraiment ce que j’ai vécu en accéléré pendant cette dernière année.